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Mon prochain texte à paraître sera En pleine dérive, une nouvelle que j’ai écrit pour les Jeux de la Francophonie à Abidjan. Cette nouvelle avait déjà eu une très belle première vie avec son exposition dans la bibliothèque nationale de Côte d’Ivoire, mais grâce à Tesha Garisaki et aux éditions Realities Inc., il connaîtra une seconde vie dans les pages de Réalités Volume III, à paraître fin 2018.

Cette nouvelle raconte l’histoire d’une rencontre un peu particulière  entre Didier, un passeur et Mohammed, un réfugié.  Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Mohammed ne fuit pas le Yémen, la Syrie ou l’Afghanistan. Ce qu’il fuit, c’est le gouvernement français. Poussé sur les routes de l’exil, il veut tenter sa chance de l’autre de la Manche, en Angleterre.

Par ailleurs, j’ai eu la chance lors de mon séjour ivoirien de rencontrer Moussa Koné, journaliste pour La Voix de la Diaspora, une radio ivoirienne installée à Paris. Moussa a été touché par mon texte et nous nous sommes entretenus pendant une dizaine de minutes à ce sujet, entre autres. Il a eu la gentillesse de me transmettre l’enregistrement de notre entretien, que vous pourrez retrouver ci-dessous. C’était l’un de mes premiers entretiens à la radio et j’étais stressé comme pas deux, mais Moussa s’est montré des plus compréhensifs. Merci !

Et pour terminer, voici le sommaire du recueil dont la couverture est signée Tithi Luadthong. Je me retrouve notamment aux côtés de Jean Bury avec qui j’avais déjà partagé les pages de Géante Rouge, et j’ai hâte de lire tous ces textes. Bravo à tous  !

Le Mur, Loïc Daverat
Un Héritage draconique, Sébastien Mora
Le Bleu et le Noir, Lucie Heiligenstein
Un petit, tout petit Bout de Protestation, Quentin Marrou
5’34, Jonathan Penglin
Le dernier des Enfants rouges, Jean Bury
Nouvelle Tête, Sham Makdessi
Le Pays des Cyclopes, Guilhem Bedos
L’Âne qui rit, Justin Hurle
En pleine Dérive, Guillaume Parodi

En 2010, l’écrivain Liu Xiaobo recevait le prix Nobel de la paix. En 2009, il était condamné à 11 ans de prison par le gouvernement chinois. Son crime ? Être le co-auteur de la Charte 08, un manifeste signé par 303 intellectuels et activistes pour promouvoir la réforme politique dans la République populaire de Chine. Malade d’un cancer du foie, la Chine lui refuse un traitement médical et Liu Xaobo meurt le 13 juillet 2017.

Sa femme Liu Xia, peintre, poète et photographe elle aussi signataire de la Charte 08, est placée en résidence surveillée le 18 octobre 2010. Retenue prisonnière dans sa propre maison, on ne lui permet pas de communiquer avec son mari à qui l’on a retiré le droit d’utiliser ne serait-ce que du papier et un crayon. Liu Xia sombre dans la dépression et, en 2014, fait une crise cardiaque. On ne lui permettra de quitter brièvement sa résidence surveillée et de retrouver son mari qu’en juin 2017, lorsque Liu Xiaobo est transféré dans un hôpital. Depuis, Liu Xia est toujours emprisonnée chez elle. Les États-Unis et l’Allemagne ont répété leurs propositions d’accueillir Liu Xia sur leur territoire, propositions auxquelles le gouvernement chinois refuse de donner suite.

Le mois dernier, Liu Xia confiait à son ami Liao Yiwu son désir de mourir.

Aujourd’hui, cela fait huit ans que Liu Xia est isolée du reste du monde. Amnesty International et PEN America, la branche américaine de PEN International, une association d’écrivains promouvant la liberté d’expression et défendant la libre circulation des idées, réitèrent leur appel à libérer Liu Xia.

Des écrivains venus de tous horizons s’unissent pour demander la libération de Liu Xia, parmi lesquels Ma Thida, Ayelet Waldman, Alec Soth et J.M. Coetzee.

Ma femme et moi avons choisi de lire Un réveil en sursaut, moi en français et elle en anglais. Pour nous qui sommes libres de nos mouvements, n’oublions pas que la liberté des autres n’est pas un acquis. Ni l’amour d’un être humain pour un autre, ni la possibilité de mettre ses idées par écrit ne devraient être une cause d’emprisonnement. En partageant ses mots et ses idées, en faisant entendre sa voix, peut-être parviendrons-nous à changer le cours des choses. En tous cas, je l’espère.

Ressources : Poèmes de Liu Xia traduits en français

Dans mon premier article, j’exposais dans les grandes lignes mon retour d’expérience sur les Jeux de la Francophonie et sur tous les bénéfices que j’avais pu en retirer à titre personnel. Je ne me suis par contre par vraiment appesanti sur les raisons de ma présence à Abidjan, le concours de nouvelles, et je vais essayer de vous brosser le portrait de mon parcours au cours de ces dix jours dans la capitale économique de la Côte d’Ivoire.

L’aventure ivoirienne commence, pour moi, au printemps 2016. Un appel à candidatures relativement discret est posté sur le site du ministère de la Culture et expose les différents pré-requis pour participer aux Jeux. Celui de l’âge est sans doute le plus important : les Jeux sont destinés aux « jeunes » de 18 jusqu’à 35 ans, et cela implique (tout du moins à mon avis) que les compétiteurs culturels ne soient pas encore pleinement établis ou reconnus dans leur domaine. Les compétences artistiques se travaillent tout au long de la vie, certains commencent plus tard que d’autres et, à l’inverse du sport où la jeunesse prime avant tout, écrire, peindre ou sculpter sont des compétences qui se bonifient avec le temps. J’ai donc soumis un texte d’une page afin d’accompagner ma candidature et, quelques mois plus tard, j’ai eu la surprise de découvrir que j’avais été sélectionné pour intégrer la délégation française des Jeux de la Francophonie.

Sculpture exposée à la bibliothèque nationale de Côte d’Ivoire. Auteur et titre inconnus.

À l’instar du modèle olympique, ce sont avant toute chose des délégations qui s’affrontent sur le terrain du sport et de la culture. Toutes les délégations étaient logées dans le « Village des Jeux », un complexe fermé aux visiteurs et bâti dans le quartier de Marcory, dans lequel il était possible d’entendre des dizaines de langues différentes. En effet, tout pays membre ou observateur de l’Organisation Internationale de la Francophonie est eligible pour les Jeux, même si le français n’est pas utilisé par les peuples qui le composent. On pouvait donc entendre de l’ukrainien, du bulgare ou du vietnamien dans les allées du village des Jeux, et découvrir le réseau d’alliances politiques entre la France, ses anciennes colonies, et les pays qui lui politiquement ou économiquement proches. Je serais curieux de savoir si la Russie, dont la langue française a joué un rôle prédominant dans le passé, déposera un jour sa candidature pour appartenir à l’OIF… Probablement pas. De l’autre côté du spectre francophone, le Canada participait avec trois (!) délégations : le Canada en tant que tel, et les provinces du Nouveau-Brunswick et le Québec.  Le Canada est un pays qui promeut la Francophonie et cela se ressent.

Vue d’ensemble du Village des Jeux. Droits réservés.

J’ai eu la chance pour ma part de ne pas loger dans le Village des Jeux. J’utilise le mot chance parce que les participants de la délégation française étaient étroitement encadrés par le GIGN, de sorte que le Village m’a paru être une forteresse occidentale bâtie au milieu d’Abidjan tandis que j’ai pu bénéficier d’un peu plus de liberté de mouvement. Pour ma part, j’ai eu le plaisir de rencontrer de nombreux Ivoiriens, de partager mon histoire et d’écouter la leur, et d’entrapercevoir quelques séquences dans leur vie tous les jours. Les ministères de la Culture et des Sports, gérants de la délégation, avaient sans doute leurs raisons pour cet excès de prudence.

Et la compétition littéraire dans tout ça ? Pour être tout à fait honnête, j’ai été profondément déçu par le concours de nouvelles en lui-même. Calqué sur le modèle d’une compétition sportive, un jury avait été rassemblé et jugeait en théorie les textes produits avant les Jeux. Notre participation s’est réduite à assister aux lectures publiques de nos camarades et à suivre des conférences sur des sujets divers et variés. Ce n’était pas inintéressant, j’ai pu apprendre certaines choses sur l’état du livre et du monde éditorial en Côte d’Ivoire, mais je déplore le manque d’interactivité proposé par les organisateurs des Jeux. Avec une vingtaine d’écrivains de vingt pays différents, je m’attendais à des échanges humains, sous la forme d’ateliers d’écriture ou bien à un espace de rencontre et de création dédié plutôt qu’à une compétition relativement formelle. Je pense d’ailleurs que si j’avais écrit ces mots au mois d’août dernier, à mon retour, j’aurais sans doute été beaucoup plus amer.

J’ai récemment relu l’article que Jeff Schinker, l’écrivain luxembourgeois, écrivait à propos des Jeux et je suis globalement d’accord avec ce qu’il y indique. Le temps m’a permis de mettre de l’eau dans mon vin et de me concentrer sur les aspects positifs de la rencontre, mais je vous invite à lire son article afin d’entendre un autre son de cloche, beaucoup plus proche de mon ressenti à l’époque. Ma critique principale demeure celle que Jeff et moi-même avons formulé aux organisateurs de la compétition littéraire : cela ne fait absolument aucun sens de calquer le modèle de la compétition sportive et de l’appliquer aux arts, et encore moins à la littérature. Les médailles, les podiums et les hymnes nationaux ne devraient rien avoir à faire avec la littérature, ces trois éléments me semblent en être l’antithèse.

Les concours culturels se déroulaient dans l’enceinte de la bibliothèque nationale de Côte d’Ivoire, une ancienne branche de l’Institut fondamental d’Afrique noire, issu lui-même de l’Institut français d’Afrique noire, créé en 1936 par le gouvernement français. On y trouvait en théorie l’ensemble de la production artistique créée par les sculpteurs, les photographes, les peintres et les écrivains avant de se rendre sur place. Malheureusement, l’organisation des compétitions culturelles ont connu de nombreux problèmes, avec entre autres des problèmes d’installation des galeries et des oeuvres exposées après le vernissage (!). Il me semble toutefois que toutes les oeuvres étaient finalement exposées à la fin de la semaine, occupant un bel espace comme vous pouvez le voir  dans cet article.

Photographie d’une sculpture exposée à la bibliothèque. Auteur et titre inconnus

Je ne sais pas si les textes exposés aux Jeux de la Francophonie feront l’objet d’une publication en commun, ou bien si les auteurs ont placé leurs textes dans des recueils, des anthologies ou bien s’ils les ont publié en ligne. Le mien est à paraître chez Realities Inc., et j’ai pu lire (et entendre) le texte de Gabriel Marcoux-Chabot, auteur canadien dont le texte est disponible sur Youtube et à cette adresse. Son texte est une merveille linguistique que je vous invite à découvrir, ne serait-ce qu’à travers son incipit :

 « Ifait frette qelcrisse pis la nége alest bleu qant onsarrète pour camper. Ona pa vu le soleille scoucher acause des nuages, mai la nui alest la, comme en suspen, prète a tomber. Onsdit q’iétait tem, mai onsdit rien vraimen, cest nos ieus q’iparlent tandis q’ondélode l’éqipmen. »

Pour terminer, j’aimerais conclure cet article sur une note positive. Carine N’Da Adjo Josiane Kangah, écrivaine ivoirienne qui participait elle aussi aux Jeux, m’a invité à me rendre dans les locaux de la station de radio Al Bayane. Al Bayane est une radio nationale de Côte d’Ivoire, dont les productions s’adressent s’adressent aux musulmans ivoiriens et répondent à des question de religion, de société, de culture et de sport.

Mosquée de la Riviéra Golf, Abidjan, Côte d'Ivoire.
Mosquée de la Riviéra Golf, à deux pas de la radio Al Bayane / Mariya Parodi

Nous avons participé à Tribune jeune, une émission de radio consacrée comme son nom l’indique aux jeunes et dont les sujets sont divers et variés. Il s’agissait bien entendu, ce jour-là, des Jeux de la Francophonie. Je remercie la radio Al Bayane pour m’avoir offert la possibilité de m’exprimer à leur micro, et Carine pour m’avoir envoyé une copie de l’émission, que vous pourrez écouter ci-dessous.

Tribune jeune était la première émission de radio à laquelle je participais. Et quel plaisir, le lendemain, de découvrir une famille de quatre personnes (deux adultes et deux enfants) venue lire nos textes à la bibliothèque. Ils nous avaient entendus, Carine et moi, et avaient décidé d’emmener leurs enfants lire les textes, voir les tableaux, les photos et les sculptures exposées dans les différentes galleries. Je n’ai pas eu la chance de les rencontrer, l’anecdote m’a été rapportée, mais c’est sans doute ma meilleure expérience en Côte d’Ivoire. Avoir donné envie de lire et de transmettre ce goût pour la lecture est une victoire que je n’oublierai pas.

Je n’avais encore jamais écrit à ce propos mais j’ai eu la chance de participer aux 8èmes Jeux de la Francophonie, une compétition culturelle et sportive organisée par l’Organisation Internationale de la Francophonie au mois de juillet 2017. J’ai donc décidé d’écrire une petite série d’articles afin de vous relater mon expérience à Abidjan et de vous partager un bref aperçu de ce voyage.

Avant toute chose, les Jeux de la Francophonie, c’est quoi ? Pensez Jeux Olympiques, réservez-en l’accès aux 84 pays membres de l’OIF et faites-y participer des jeunes francophones de 18 à 35 ans, et vous obtiendrez une dizaine de jours ponctuées de rencontres sportives et culturelles. Culturelles, parce que si le football, la lutte ou le basketball sont à l’honneur, les Jeux de la Francophonie promeuvent aussi des compétitions artistiques avec la littérature, la peinture ou encore la sculpture. On peut tout à fait arquer un sourcil de surprise à l’idée de mettre en compétition des jeunes créateurs mais l’idée est davantage une invitation à créer, à partager et à innover ensemble !

Photo de Guillaume Parodi
Le stade Félix-Houphouët-Boigny pendant la cérémonie d’ouverture des 8èmes Jeux de la Francophonie

La bonne idée de ces Jeux, donc, c’est d’inviter des jeunes et des moins jeunes de plusieurs pays différents à se rencontrer et à partager un certain esprit de fraternité. J’ai eu l’honneur d’être choisi par le Ministère de la Culture du gouvernement français pour concourir aux côtés d’une vingtaine d’écrivains aux nationalités diverses et variées : on retrouvait parmi les présents des auteurs du Canada, du Mali, d’Arménie, du Tchad, de Madagascar ou encore du Luxembourg. Nous avions pour l’occasion tous écrit une nouvelle, exposée à la Bibliothèque nationale de Côte d’Ivoire et lue devant un public plus ou moins nombreux dans l’enceinte de cette même bibliothèque. C’était pour moi une double première expérience, avec la première fois que j’exposais un texte et la première fois que je lisais l’un de mes textes en public. Je me dois de rendre à César ce qui est à César et c’est grâce aux conseils de Lionel Davoust que l’on peut trouver sur son blog que j’ai pu me préparer à lire mon texte. Merci Lionel !

Ces Jeux m’ont apporté énormément de choses. Des rencontres, bien sûr, et des liens d’amitiés qui ont dépassé les frontières physiques de nos pays pour s’incarner en différentes collaborations littéraires. Je pense à Mossieur Njô qui a écrit une superbe nouvelle pour Europunk, un recueil de nouvelles à voir le jour chez Realities Inc, ainsi qu’à la participation d’Aziza Kajangu et de Gabriel Robichaud lors du plus récent Festival des cinq continents, une manifestation littéraire que j’ai organisé à New York. Cela fait moins d’un an que les Jeux sont terminés et il ne fait à mon avis aucun doute que les expériences se multiplieront dans le futur !

Ces Jeux m’ont aussi offert la possibilité de découvrir ce qu’est la Francophonie et de réfléchir à ce qu’être francophone représente pour moi. Le terme est peu enseigné en France et désigne généralement, et de manière parfois péjorative, tous les locuteurs de langue française non métropolitains.  Mais qu’est-ce que ça veut donc dire d’être un francophone ? Je ne vais pas rentrer tout de suite dans les détails et je consacrerai un article plus détaillé aux termes de francophonie et de francité, théorisé par Léopold Sédar Senghor, mais pour moi être francophone c’est avant toute chose un apprentissage. Je ne connaissais peu ou prou rien du tout de la francophonie ni de l’Organisation Internationale de la Francophonie avant de me rendre à Abidjan. Ce voyage a été un moyen pour moi d’apprendre l’existence de la langue française comme une lingua franca, comme un outil de communication, comme un outil de savoir-vivre et comme un outil d’expression artistique. Ça a aussi été un moyen de comprendre l’histoire de la langue en dehors des frontières de la France, d’écouter et d’entendre ses particularités linguistiques et de réaliser toute l’étendue de l’histoire de la France.

Je n'ai pas le nom de l'auteur, merci de me l'indiquer si vous l'avez !
Photographie d’un tableau exposé à la Bibliothèque nationale de Côte d’Ivoire. Je n’ai pas le nom de l’auteur, merci de me l’indiquer si vous l’avez !

Cela sonne probablement comme une liste d’évidences mais ce n’est qu’en effectuant ce voyage en Côte d’Ivoire que j’ai réalisé tout le potentiel que contient la phrase suivante : « Je suis francophone ». Il ne s’agit pas d’effacer la mémoire ni de passer sous silence l’histoire coloniale mais de regarder vers le futur et de travailler avec cette formidable boîte à outils qu’est la langue française. Que faire de cette langue et quel destin lui donner ? Quelle volonté culturelle pour la Francophonie, pourquoi ne pas envisager des visas d’artistes francophones ? Les possibilités sont multiples et il me paraît essentiel de considérer cette langue comme une plateforme d’échanges. Mon idée pour le français est l’une des dernières émanations de cette formidable boîte à outils qu’est notre langue. Qu’il s’agisse de la défense des droits de l’homme, de la création littéraire, du journalisme, de la défense des droits des femmes, de la liberté d’expression, les possibilités pour agir de manière locale et internationale sont multiples. Et vous, s’il vous était donné la possibilité d’être francophone « à temps plein », que feriez-vous de cette langue parlée par plus de 250 millions de locuteurs dans le monde ?

 

 

 

Organiser un festival littéraire francophone à New York, une drôle d’idée ? Pas vraiment. Enfin, oui, mais pas que. Le Festival des cinq continents*, c’est une manifestation littéraire qui se tiendra du 5 au 7 avril 2018 et qui rassemblera plusieurs écrivains venus du monde entier : Évelyne Trouillot, Kaoutar Harchi, Rodney Saint-Éloi, Pierre Joris, Lise Gauvin, Yamen Manai… La liste est longue d’une dizaine d’auteurs qui ont accepté de venir à New York. Le programme se constitue de tables-rondes, de lectures publiques bilingues et d’entretiens, tandis que le festival a obtenu le support non seulement de l’Organisation Internationale de la Francophonie mais aussi de la Délégation générale du Québec à New York. Bref, un ensemble prometteur pour un nouveau type de manifestation littéraire new-yorkais. 

Les New-Yorkais sont friands d’événements littéraires et plusieurs festivals s’ouvrent déjà à la littérature internationale, tels que le PEN World Voices Festival ou le Brooklyn Book Festival. Il est arrivé par le passé que le festival de PEN ait mis à l’honneur certains pays, comme le Mexique en 2016, mais à ma connaissance et dans les deux-trois dernières années, aucune institution ne s’est focalisée sur la littérature francophone dans son ensemble. Dans un marché très fermé aux traductions (environ 3% des livres publiés aux États-Unis sont traduits d’une autre langue), il me semble qu’une telle démarche possède bien des avantages. Il s’agit d’ouvrir les perspectives des lecteurs à d’autres écrivains, d’autres types d’histoires et de narration. Cet événement répond d’ailleurs à un désir très simple de ma part : j’ai toujours désiré étendre mes connaissances et découvrir de nouvelles manières d’écrire et de raconter, que ce soit dans la langue d’origine ou en traduction française. En participant aux Jeux de la Francophonie à Abidjan l’an passé, j’ai eu la chance de rencontrer une vingtaine de merveilleux écrivains venus du monde entier, et j’ai voulu poursuivre cette expérience dans le cadre de mon travail.  

Au premier abord, New York n’est pas une ville de choix pour promouvoir la littérature francophone. Il y règne pourtant une vie culturelle française et francophone assez active, surtout mise en avant par l’Institut Français et les Services culturels de l’ambassade française, si bien que l’on pourrait parfois se croire dans une ville de province française : fête de la musique, festival littéraire à Albertine, la librairie française de la ville, Nuit de la philosophie, les événements sont légion et l’enseignement bilingue fait fureur dans les écoles. C’est la grande histoire d’amour (économique et touristique) entre Paris et New York, en somme. Au-delà du monde franco-français, New York City où l’on compte environ 200.000 locuteurs francophones qui parlent couramment la langue chez eux, qu’il s’agisse du français ou du créole. Ce festival vise à toucher plusieurs cœurs de cible : la communauté universitaire, les communautés francophones (Canadiens, Haïtiens, Français, etc.), ainsi que les travailleurs francophones des Nations unies et les nombreux francophiles américains. J’espère (naïvement ?) fédérer ces différentes communautés autour de la question du livre et de la place de l’écrivain et participer à la promotion de la littérature internationale dans le microcosme new-yorkais.  

On pourra trouver le programme complet ainsi que la liste des auteurs participants ici.

* Une drôle de réflexion nous est venue en mettant au point cet événement : de combien de continents notre planète est-elle constituée ? Si pour les Français, on parle bien de 5 continents, le modèle américain en compte par exemple 7, Amérique du Nord et Amérique du Sud étant séparées l’une de l’autre. Ainsi, le Festival des cinq continents aurait tout aussi bien pu s’appeler The 7 Continents Festival On en apprend tous les jours !

Mariée à un homme de trois fois son âge, la jeune yéménite Nojoom est régulièrement violée par son époux et battue par sa belle-famille. C’est bien plus du courage qu’il lui a fallu trouver pour se rendre seule dans un tribunal et demander un divorce. À dix ans, elle est la femme mariée la plus jeune du Yémen à avoir obtenu le droit de divorcer. Ces faits remontent à 2008 et sont relatés dans le livre autobiographique Moi Nujoud, 10 ans, divorcée paru chez Michel Lafon. Le problème du mariage d’enfants n’est pas anodin car aujourd’hui, il concerne 700 millions de femmes et plus de 150 millions d’hommes dans le monde entier. 856 millions de personnes, c’est un peu plus de 10% de la population mondiale. Un tel chiffre, mesuré sur une petite échelle de temps, revient à affirmer que 28 filles et adolescentes de moins de 18 sont mariées à chaque minute qui passe. Il serait intéressant de chronométrer votre lecture et d’en tirer quelques conclusions… 

Au printemps 2016, la cinéaste yéménite Khadija Al-Salami est venue présenter son film am Nojoom, Age 10 and Divorced au siège des Nations unies, à New York. Le long métrage est le premier film a avoir été entièrement réalisé au Yémen, et ce malgré de nombreux obstacles. Khadija Al-Salami a mentionné la mort d’au moins une personne venue assister au tournage, mais aussi avoir connu de fréquentes coupures de courant et l’extrême méfiance des villageois. Non seulement comme on peut l’imaginer le cinéma n’est pas très développé au Yémen, mais le sujet du film est au cœur des traditions séculaires du peuple yéménite : il n’y a pas d’âge légal pour se marier et le Yémen se classe en deuxième position des pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord où le mariage d’enfants est des plus endémiques.  

L’œuvre de Khadija Al-Salami dépeint à travers de nombreuses scènes la vie enfantine de Nojoom, sa candeur et son innocence face à un mariage dont elle ne comprend pas toutes les implications. C’est ainsi que le jour de son mariage, la petite fille ôte sa robe de mariée et rejoint ses amies pour aller jouer. Cependant, le film puise toute sa force dans les dernières scènes, à partir du moment où le mari et le père de Nojoom sont confrontés à la justice. Il ne s’agit pas pour la cinéaste de les dépeindre en brutes sanguinaires et sans cœur ; au contraire, Khadija Al-Salami essaie de nous faire comprendre leur point de vue. Le cas du mari est relativement simple : le père a donné son accord, tous les mariages de son village se déroulent peu ou prou de la même manière et il n’y a rien dans la loi qui lui empêche de consommer son mariage. Le film gagne en intensité au moment où le père de Nojoom prend la parole, en pleurs.  

Quelques années plus tôt, la sœur aînée de Nojoom a été violée par un garçon de leur village. Malgré le crime, l’opprobre est jeté sur sa sœur plutôt que le violeur. La honte et l’infamie poussent leur famille à s’exiler dans la capitale yéménite et le seul moyen que trouve le père de Nojoom, tout aussi illettré que ses enfants, pour survivre est de vendre ses enfants. S’il vend son fils, poussé par une pauvreté extrême, sa principale motivation à conclure un mariage pour Nojoom est toute autre. Il espère que sa fille ne subira pas le même sort que sa sœur aînée.  

Cette réalité est présente du Niger, où 75% des filles sont mariées avant leur dix-huitième anniversaire, jusqu’au Bengladesh, fameux pour son plus fort taux au monde de jeunes filles mariées avant leur quinze ans : 29%. Aux traditions difficiles à changer et aux gouvernements parfois réticents à mettre en place des lois adaptées, plusieurs causes sont à l’origine du mariage d’enfants. Un rapport de Human Right Watch, une ONG internationale pour la défense des droits de l’homme, est ainsi intitulé « Marie-toi avant que ta maison ne soit balayée par les flots : Les mariages précoces au Bengladesh ». On peut bien sûr poursuivre la réflexion sur les zones de guerre. Pour un père et pour une mère que les obus ont poussés sur les chemins de l’exil, ne semblerait-il pas plus sûr d’offrir un toit à leurs enfants ? Cette thématique dépasse malheureusement le cadre du mariage d’enfants et il m’a été donné de voir l’exemple d’une jeune femme russe vendue par sa mère lors d’un séjour en Turquie.  

Cela n’est pas peu dire que la situation est préoccupante. Elle ne touche d’ailleurs pas que ces pays lointains où nous ne sommes jamais allés, comme le rapportait The Independent  au mois de février 2016, lorsqu’une britannique de six ans a été mariée à un homme pakistanais. À New York, une expérience a été tournée avec un faux couple d’acteurs. Une jeune fille et un homme d’une soixantaine d’années sont allés prendre leurs photos de mariage sur Times Square… Au-delà des réactions outrées des new-yorkais, la vidéo a été visionnée plusieurs millions de fois sur Youtube.


I am Nojoom, Age 10 and Divorced n’a été projeté en France qu’une seule fois, en 2015, à l’Institut du Monde Arabe. Le film semble à priori difficile à trouver en ligne : je n’en ai trouvé qu’une version originale sans sous-titre et que je vous laisserai chercher par vous-même, n’étant pas certain de la légalité de la chose. Si cet article vous a intrigué ou a déclaré chez vous une vocation de défenseur des droits des enfants, je vous invite à parcourir les sites Internet de quelques organisations primordiales dans la lutte contre les mariages précoces.  

International Center for Research on Women : www.icrw.org 

Girls, Not Brides / Filles, pas épouses : http://fillespasepouses.org/ 

Human Right Watch : https://www.hrw.org 

Ni putes ni soumises : http://www.npns.fr/ 

Afin de garnir vos bibliothèques, je recommanderai deux ouvrages. Moi Nojoud, 10 ans et divorcée chez Michel Lafon mais aussi Pleure, ô reine de Saba !, l’autobiographie de la cinéaste Khadija Al-Salami et qui, comme son personne principal, a été mariée à l’aube de l’adolescence. L’ouvrage est disponible aux éditions Actes Sud.  

Je terminerai cette colonne par une question. Depuis que vous avez commencé la lecture de cet article, combien de petites filles et d’adolescentes se sont-elles mariées ? Il y a eu 28 mariages à chaque minute qui s’est écoulée. Cela représente plus d’un millier par heure, et plusieurs dizaines de milliers de filles et de garçons par jour, mariés contre leur gré et bien trop tôt.  

https://www.hrw.org/fr/news/2015/06/09/bangladesh-le-mariage-des-enfants-porte-prejudice-aux-jeunes-filles 

https://www.youtube.com/watch?v=KldFGgUTqKA 

http://www.independent.co.uk/news/uk/home-news/six-year-old-girl-learning-difficulties-forced-child-marriage-pakistan-a6889071.html 

 http://www.actes-sud.fr/catalogue/aventure/pleure-o-reine-de-saba 

José Miguel Sánchez Gómez, whose writings appear under the name of Yoss, is one of the most renowned Cuban science-fiction writers. Born in 1969 in La Habana, Yoss dedicated himself to writing in the 1980s and entered into the Cuban literary landscape in 1988 when he won the David Award with his debut novel, Timshel. Since then, he wrote over 20 books, including A Planet for Rent (Restless Books, 2015) and Super Extra Grande (Restless Books, 2016), his only novels published in English. Yoss received several awards, including the Ernest Hemingway and the Luis Rogerio Nogelas in Cuba, and the UPC Award from the Polytechnic University of Catalonia, in Spain. He was also recently nominated for the 2017 Philip K. Dick award.

Although he has been published in Spain, Italy, Argentina, and France, Yoss’ work was previously unknown to anglophone readers prior to 2015, when Restless Books began to translate and publish his work in the United States.

This interview was conducted in 2016, while Yoss was on tour across the United States.

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