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Dans mon premier article, j’exposais dans les grandes lignes mon retour d’expérience sur les Jeux de la Francophonie et sur tous les bénéfices que j’avais pu en retirer à titre personnel. Je ne me suis par contre par vraiment appesanti sur les raisons de ma présence à Abidjan, le concours de nouvelles, et je vais essayer de vous brosser le portrait de mon parcours au cours de ces dix jours dans la capitale économique de la Côte d’Ivoire.

L’aventure ivoirienne commence, pour moi, au printemps 2016. Un appel à candidatures relativement discret est posté sur le site du ministère de la Culture et expose les différents pré-requis pour participer aux Jeux. Celui de l’âge est sans doute le plus important : les Jeux sont destinés aux « jeunes » de 18 jusqu’à 35 ans, et cela implique (tout du moins à mon avis) que les compétiteurs culturels ne soient pas encore pleinement établis ou reconnus dans leur domaine. Les compétences artistiques se travaillent tout au long de la vie, certains commencent plus tard que d’autres et, à l’inverse du sport où la jeunesse prime avant tout, écrire, peindre ou sculpter sont des compétences qui se bonifient avec le temps. J’ai donc soumis un texte d’une page afin d’accompagner ma candidature et, quelques mois plus tard, j’ai eu la surprise de découvrir que j’avais été sélectionné pour intégrer la délégation française des Jeux de la Francophonie.

Sculpture exposée à la bibliothèque nationale de Côte d’Ivoire. Auteur et titre inconnus.

À l’instar du modèle olympique, ce sont avant toute chose des délégations qui s’affrontent sur le terrain du sport et de la culture. Toutes les délégations étaient logées dans le « Village des Jeux », un complexe fermé aux visiteurs et bâti dans le quartier de Marcory, dans lequel il était possible d’entendre des dizaines de langues différentes. En effet, tout pays membre ou observateur de l’Organisation Internationale de la Francophonie est eligible pour les Jeux, même si le français n’est pas utilisé par les peuples qui le composent. On pouvait donc entendre de l’ukrainien, du bulgare ou du vietnamien dans les allées du village des Jeux, et découvrir le réseau d’alliances politiques entre la France, ses anciennes colonies, et les pays qui lui politiquement ou économiquement proches. Je serais curieux de savoir si la Russie, dont la langue française a joué un rôle prédominant dans le passé, déposera un jour sa candidature pour appartenir à l’OIF… Probablement pas. De l’autre côté du spectre francophone, le Canada participait avec trois (!) délégations : le Canada en tant que tel, et les provinces du Nouveau-Brunswick et le Québec.  Le Canada est un pays qui promeut la Francophonie et cela se ressent.

Vue d’ensemble du Village des Jeux. Droits réservés.

J’ai eu la chance pour ma part de ne pas loger dans le Village des Jeux. J’utilise le mot chance parce que les participants de la délégation française étaient étroitement encadrés par le GIGN, de sorte que le Village m’a paru être une forteresse occidentale bâtie au milieu d’Abidjan tandis que j’ai pu bénéficier d’un peu plus de liberté de mouvement. Pour ma part, j’ai eu le plaisir de rencontrer de nombreux Ivoiriens, de partager mon histoire et d’écouter la leur, et d’entrapercevoir quelques séquences dans leur vie tous les jours. Les ministères de la Culture et des Sports, gérants de la délégation, avaient sans doute leurs raisons pour cet excès de prudence.

Et la compétition littéraire dans tout ça ? Pour être tout à fait honnête, j’ai été profondément déçu par le concours de nouvelles en lui-même. Calqué sur le modèle d’une compétition sportive, un jury avait été rassemblé et jugeait en théorie les textes produits avant les Jeux. Notre participation s’est réduite à assister aux lectures publiques de nos camarades et à suivre des conférences sur des sujets divers et variés. Ce n’était pas inintéressant, j’ai pu apprendre certaines choses sur l’état du livre et du monde éditorial en Côte d’Ivoire, mais je déplore le manque d’interactivité proposé par les organisateurs des Jeux. Avec une vingtaine d’écrivains de vingt pays différents, je m’attendais à des échanges humains, sous la forme d’ateliers d’écriture ou bien à un espace de rencontre et de création dédié plutôt qu’à une compétition relativement formelle. Je pense d’ailleurs que si j’avais écrit ces mots au mois d’août dernier, à mon retour, j’aurais sans doute été beaucoup plus amer.

J’ai récemment relu l’article que Jeff Schinker, l’écrivain luxembourgeois, écrivait à propos des Jeux et je suis globalement d’accord avec ce qu’il y indique. Le temps m’a permis de mettre de l’eau dans mon vin et de me concentrer sur les aspects positifs de la rencontre, mais je vous invite à lire son article afin d’entendre un autre son de cloche, beaucoup plus proche de mon ressenti à l’époque. Ma critique principale demeure celle que Jeff et moi-même avons formulé aux organisateurs de la compétition littéraire : cela ne fait absolument aucun sens de calquer le modèle de la compétition sportive et de l’appliquer aux arts, et encore moins à la littérature. Les médailles, les podiums et les hymnes nationaux ne devraient rien avoir à faire avec la littérature, ces trois éléments me semblent en être l’antithèse.

Les concours culturels se déroulaient dans l’enceinte de la bibliothèque nationale de Côte d’Ivoire, une ancienne branche de l’Institut fondamental d’Afrique noire, issu lui-même de l’Institut français d’Afrique noire, créé en 1936 par le gouvernement français. On y trouvait en théorie l’ensemble de la production artistique créée par les sculpteurs, les photographes, les peintres et les écrivains avant de se rendre sur place. Malheureusement, l’organisation des compétitions culturelles ont connu de nombreux problèmes, avec entre autres des problèmes d’installation des galeries et des oeuvres exposées après le vernissage (!). Il me semble toutefois que toutes les oeuvres étaient finalement exposées à la fin de la semaine, occupant un bel espace comme vous pouvez le voir  dans cet article.

Photographie d’une sculpture exposée à la bibliothèque. Auteur et titre inconnus

Je ne sais pas si les textes exposés aux Jeux de la Francophonie feront l’objet d’une publication en commun, ou bien si les auteurs ont placé leurs textes dans des recueils, des anthologies ou bien s’ils les ont publié en ligne. Le mien est à paraître chez Realities Inc., et j’ai pu lire (et entendre) le texte de Gabriel Marcoux-Chabot, auteur canadien dont le texte est disponible sur Youtube et à cette adresse. Son texte est une merveille linguistique que je vous invite à découvrir, ne serait-ce qu’à travers son incipit :

 « Ifait frette qelcrisse pis la nége alest bleu qant onsarrète pour camper. Ona pa vu le soleille scoucher acause des nuages, mai la nui alest la, comme en suspen, prète a tomber. Onsdit q’iétait tem, mai onsdit rien vraimen, cest nos ieus q’iparlent tandis q’ondélode l’éqipmen. »

Pour terminer, j’aimerais conclure cet article sur une note positive. Carine N’Da Adjo Josiane Kangah, écrivaine ivoirienne qui participait elle aussi aux Jeux, m’a invité à me rendre dans les locaux de la station de radio Al Bayane. Al Bayane est une radio nationale de Côte d’Ivoire, dont les productions s’adressent s’adressent aux musulmans ivoiriens et répondent à des question de religion, de société, de culture et de sport.

Mosquée de la Riviéra Golf, Abidjan, Côte d'Ivoire.
Mosquée de la Riviéra Golf, à deux pas de la radio Al Bayane / Mariya Parodi

Nous avons participé à Tribune jeune, une émission de radio consacrée comme son nom l’indique aux jeunes et dont les sujets sont divers et variés. Il s’agissait bien entendu, ce jour-là, des Jeux de la Francophonie. Je remercie la radio Al Bayane pour m’avoir offert la possibilité de m’exprimer à leur micro, et Carine pour m’avoir envoyé une copie de l’émission, que vous pourrez écouter ci-dessous.

Tribune jeune était la première émission de radio à laquelle je participais. Et quel plaisir, le lendemain, de découvrir une famille de quatre personnes (deux adultes et deux enfants) venue lire nos textes à la bibliothèque. Ils nous avaient entendus, Carine et moi, et avaient décidé d’emmener leurs enfants lire les textes, voir les tableaux, les photos et les sculptures exposées dans les différentes galleries. Je n’ai pas eu la chance de les rencontrer, l’anecdote m’a été rapportée, mais c’est sans doute ma meilleure expérience en Côte d’Ivoire. Avoir donné envie de lire et de transmettre ce goût pour la lecture est une victoire que je n’oublierai pas.

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